Le culturisme au Québec
Le Québec occupe une place singulière dans l'histoire du culturisme. Terre des hommes forts, de Louis Cyr aux frères Baillargeon, Montréal est aussi la ville natale de Joe et Ben Weider, qui y fondent en 1946 la fédération internationale appelée à structurer la discipline dans le monde entier : l'IFBB. C'est enfin au Québec que le mot culturisme est le plus fermement défendu face à l'anglais bodybuilding.
Une terre d'hommes forts
Avant le culturisme proprement dit, le Québec a produit une tradition d'hommes forts qui reste un pan de la culture populaire de la province. Sa figure tutélaire est Louis Cyr, né le 10 octobre 1863 à Napierville et mort le 10 novembre 1912 à Montréal. Policier à Sainte-Cunégonde au milieu des années 1880, il se produit ensuite en tournée et fonde en 1894, avec Horace Barré, un cirque qui sillonne le Canada et les États-Unis pendant cinq ans.
Deux exploits fondent sa légende. Le 12 octobre 1891, à Montréal, il retient quatre chevaux tirant en sens opposé. Le 27 mai 1895, il soulève sur son dos une plateforme chargée d'environ 1 967 kg (4 337 livres), l'un des records de force les plus cités du xixe siècle. Sa mémoire est entretenue à Montréal par le parc des Hommes-Forts, où se dresse sa statue, dans le quartier de Saint-Henri, et à Saint-Jean-de-Matha par la Maison Louis-Cyr, ouverte en 2014. Il a été désigné personnage historique du Québec en 2013, l'année où sort le film Louis Cyr : l'homme le plus fort du monde de Daniel Roby.
La tradition se prolonge au xxe siècle avec les frères Baillargeon, six frères de Saint-Magloire (Charles, Paul, Adrien, Lionel, Jean et Antonio) qui, des années 1940 aux années 1970, parcourent le continent avec des spectacles de force et une carrière de lutteurs ; un musée leur est consacré dans leur village natal. Plus récemment, Hugo Girard, né en 1971 à Sainte-Anne-de-Portneuf, remporte six fois consécutivement le titre d'homme le plus fort du Canada (1999-2004) et termine quatrième du World's Strongest Man en 1999. Ancien adepte du culturisme, il illustre la porosité entre les disciplines de force.
Les frères Weider, de Montréal au monde
Joe Weider naît le 29 novembre 1919 à Montréal, dans une famille d'immigrants juifs polonais. Adolescent, il commence à s'entraîner aux poids et, en 1940, lance depuis Montréal le magazine Your Physique, première pierre d'un empire de presse qui comptera plus tard Muscle Builder, devenu Muscle & Fitness, ainsi que Flex et Shape. Son frère cadet Ben Weider naît à Montréal le 1er février 1923.
En 1946, les deux frères fondent à Montréal l'International Federation of BodyBuilders (IFBB), dont le Canada et les États-Unis sont les membres fondateurs. La répartition des rôles se fixe rapidement : Joe, installé aux États-Unis, développe les magazines, l'équipement et les compétitions — il crée le Mr. Olympia en 1965 et fait venir Arnold Schwarzenegger en Californie en 1968 ; Ben, resté à Montréal, construit la fédération internationale, qu'il préside jusqu'à l'annonce de son retrait en octobre 2006.
Sous sa présidence, l'IFBB s'étend à la plupart des pays du monde et obtient en 1998 une reconnaissance provisoire du Comité international olympique, retirée en 2001. En 2004, la fédération prend le nom d'International Federation of Bodybuilding and Fitness, en conservant le sigle ; son siège est transféré à Madrid en 2006. Ben Weider, nommé membre de l'Ordre du Canada en 1975 puis officier en 2006, est aussi connu comme collectionneur : il a donné au Musée des beaux-arts de Montréal une importante collection consacrée à Napoléon. Il meurt à Montréal le 17 octobre 2008 ; Joe Weider meurt à Los Angeles le 23 mars 2013.
Le rôle des Weider dans l'âge d'or américain puis dans l'ère Arnold est détaillé dans les pages correspondantes. Retenons ici que l'institution qui encadre encore aujourd'hui le culturisme amateur international est née à Montréal.
Le mot culturisme au Québec
Le français du Québec emploie couramment culturisme et culturiste, là où la France alterne volontiers avec l'anglicisme bodybuilding. L'Office québécois de la langue française définit le culturisme comme un « entraînement physique intensif visant le développement de la masse musculaire à des fins surtout esthétiques et de compétition » et précise que l'emprunt intégral body building est déconseillé pour ne pas nuire au terme français en usage. Le culturiste y est simplement la « personne qui pratique le culturisme ».
Cette politique terminologique, cohérente avec l'ensemble du travail de l'Office sur le vocabulaire sportif, a contribué à maintenir le mot français dans les médias et dans le vocabulaire des fédérations québécoises. Pour la définition détaillée et les différences avec la musculation ou l'haltérophilie, voir la page définition du culturisme.
Fédérations : le cadre canadien
Le culturisme de compétition au Québec s'inscrit dans le cadre canadien, aujourd'hui partagé entre deux réseaux, à l'image de la séparation intervenue à l'échelle internationale entre l'IFBB et l'IFBB Pro League (voir fédérations).
- CBBF (Canadian Bodybuilding Federation) : organisme national reconnu par l'IFBB pour le culturisme amateur, le fitness et le body fitness. Il qualifie les athlètes canadiens pour les championnats du monde IFBB et délivre la carte professionnelle IFBB Elite Pro.
- CPA (Canadian Physique Alliance) : issue en 2017 de l'ancienne association ontarienne OPA à la demande de l'IFBB Pro League, elle est la filière amateure canadienne officielle de cette ligue professionnelle. Elle organise des compétitions dans tout le pays, Québec compris, et ses qualificatives nationales mènent à la carte professionnelle IFBB Pro League.
Des structures régionales organisent les compétitions provinciales sous l'égide de ces réseaux. Leurs dénominations et leurs affiliations ayant changé à plusieurs reprises, un compétiteur doit vérifier, avant toute inscription, à quelle fédération nationale et internationale se rattache l'épreuve visée. Les catégories en vigueur sont présentées dans la page catégories.
Figures québécoises et canadiennes
Plusieurs athlètes liés au Québec se sont illustrés sur la scène internationale, en particulier dans le culturisme féminin, dont l'histoire est retracée dans la page culturisme féminin.
- Dayana Cadeau : née en 1966 en Haïti, arrivée à Québec à sept ans, elle remporte la catégorie poids légers du Ms. Olympia en 2004 et celle du Ms. International en 2001 et 2004. Elle est la seule Canadienne à avoir remporté la catégorie poids légers du Ms. Olympia et termine deuxième du classement général en 2006, 2007 et 2008.
- Catherine LeFrançois : née en 1971 à Amqui, en Gaspésie, elle remporte la catégorie poids légers du Ms. International en 2003 et se classe à plusieurs reprises dans les dix premières du Ms. Olympia.
- Roy Callender : né en 1944 à la Barbade et lié à Montréal, il termine troisième du Mr. Olympia en 1978, sa meilleure place, et remporte le Mr. Universe professionnel IFBB en 1978 et 1979. Il est membre du temple de la renommée de l'IFBB.
- Antoine Vaillant : Montréalais, professionnel IFBB depuis 2013, il dispute le Mr. Olympia en 2020 et en 2022.
À l'échelle canadienne, la figure la plus connue de la période récente est l'Ontarien Chris Bumstead, né à Ottawa, six fois vainqueur du Classic Physique Olympia de 2019 à 2024. Son succès a largement contribué à la popularité de cette catégorie, et du culturisme en général, auprès d'une nouvelle génération de pratiquants.
Comprendre l'ascension du culturisme au Québec
Trois facteurs expliquent le poids du Québec dans l'histoire de la discipline. Le premier est culturel : la tradition des hommes forts, célébrée comme un élément d'identité populaire canadienne-française, a valorisé très tôt la force et le corps puissant. Le deuxième est entrepreneurial : c'est depuis Montréal que les Weider lancent leurs premiers magazines et leur fédération, avant de bâtir aux États-Unis l'écosystème commercial qui dominera le culturisme mondial. Le troisième est linguistique : la défense active du vocabulaire français par l'OQLF a ancré le mot culturisme dans l'usage, ce qui fait du Québec, avec la France, l'un des deux pôles francophones de la discipline — voir le culturisme en France.
Aujourd'hui, la pratique québécoise suit les grandes tendances nord-américaines : essor des salles d'entraînement, multiplication des catégories de compétition, place croissante des divisions Men's Physique, Classic Physique et Bikini, et débat récurrent sur le dopage et le culturisme naturel. Pour situer ces évolutions dans le temps long, voir la chronologie du culturisme.
Questions fréquentes
Où l'IFBB a-t-elle été fondée ?
L'IFBB a été fondée en 1946 à Montréal par les frères Joe et Ben Weider, tous deux nés dans cette ville. Le Canada et les États-Unis en sont les membres fondateurs. Son siège se trouve aujourd'hui en Espagne.
Qui était Louis Cyr ?
Louis Cyr (1863-1912) est un homme fort québécois, né à Napierville, considéré à son époque comme l'un des hommes les plus forts du monde. Il est célèbre pour avoir soulevé sur son dos environ 1 967 kg en 1895 et retenu quatre chevaux en 1891.
Dit-on culturisme ou bodybuilding au Québec ?
Au Québec, le terme recommandé est culturisme, et le pratiquant est un culturiste. L'Office québécois de la langue française déconseille l'emprunt body building.
Quelles fédérations organisent des compétitions de culturisme au Québec ?
Les compétitions s'inscrivent dans deux réseaux canadiens : la CBBF, reconnue par l'IFBB pour le culturisme amateur, et la Canadian Physique Alliance (CPA), filière amateure de l'IFBB Pro League depuis 2017.
Quelle culturiste québécoise a remporté le Ms. Olympia ?
Dayana Cadeau, élevée à Québec, a remporté la catégorie poids légers du Ms. Olympia en 2004. Elle est la seule Canadienne à avoir remporté cette catégorie.